Sur la plage de Berck, au rythme des marées d’hiver


Début février, la côte de la Manche offre une atmosphère particulière — un mélange de vent salé, de lumière diffuse et de silence hivernal. C’est dans cette ambiance presque monochrome que je me suis rendu sur la plage de Berck pour observer et photographier les phoques et les veaux de mer qui fréquentent ces bancs de sable découverts par les grandes marées.


 

Les coefficients élevés de cette période de l’année découvrent, au large, des langues de sable où les animaux viennent se reposer. À environ cent cinquante mètres de la plage, une colonie était installée, immobile en apparence, parfaitement intégrée au paysage marin.


 

Une rencontre discrète avec les phoques de la Manche


Sur ce littoral, deux espèces sont généralement observables :

le phoque veau-marin (Phoca vitulina) et le phoque gris (Halichoerus grypus). À Berck, c’est principalement le veau-marin qui se laisse voir. En hiver, leur rythme est calme et économe. Cette saison correspond à une période de repos entre deux cycles importants de leur vie. Contrairement à l’été, qui est marqué par les naissances (juin-juillet pour les veaux-marins), le début d’année est consacré à la récupération énergétique, à la chasse en mer peu profonde aux phases de repos collectif sur les bancs de sable et à l’entretien du pelage et de la couche de graisse. Les animaux alternent alors longues immersions en mer et moments de repos immobile, souvent regroupés pour conserver leur chaleur corporelle. On les appelle “veaux de mer” depuis des siècles, probablement en raison de leurs grands yeux sombres et de leur regard presque domestique, mais aussi de leur comportement calme lorsqu’ils se reposent sur le sable.

Quinze minutes de lumière et de marée


Ce jour-là, la météo était typiquement hivernale : pluie fine, ciel bas, lumière douce mais instable. La marée montante avançait vite — très vite — et je savais que la fenêtre de prise de vue serait courte. À peine quinze minutes pour travailler.

Le banc de sable disparaissait progressivement sous l’eau, obligeant les phoques à rejoindre la mer les uns après les autres. Certains glissaient lentement dans l’eau, d’autres nageaient déjà autour du groupe, leurs têtes apparaissant brièvement à la surface. Ces instants donnent souvent les images les plus vivantes : des portraits dans l’eau, des regards curieux, une présence furtive mais intense.




Photographier au moyen format dans ces conditions


Toutes les images ont été réalisées avec le Fujifilm GFX100 II associé au 500 mm f/5.6. Un choix exigeant, mais incroyablement gratifiant lorsque tout s’aligne. Le moyen format apporte ici une finesse remarquable dans les textures :

la peau humide des phoques, le sable sombre sous la pluie, les reflets de l’eau et les nuances de gris du ciel d’hiver ... Mais la séance n’a pas été simple.  Je n’avais pas mon trépied avec moi, et avec une focale aussi longue, la précision de mise au point devient un véritable défi.  Dans ces conditions, le stabilisateur intégré du GFX100 II a littéralement sauvé la séance.

Sans lui, plusieurs images auraient été impossibles à réaliser. C’est dans ces moments que l’on mesure combien la technologie peut prolonger l’œil du photographe, sans jamais remplacer la patience ni l’observation..

Une nature encore sauvage, à portée de regard


 

"et un petit dernier est venue m'observer quelques instants"

 

Observer des phoques en liberté, même à distance, reste toujours une expérience particulière. Il y a quelque chose de profondément apaisant dans leur manière d’habiter le paysage, sans bruit, sans agitation. Sur ce banc de sable balayé par la pluie, ils semblaient parfaitement à leur place, indifférents à la présence humaine tant que la distance était respectée.


La marée a fini par recouvrir entièrement le sable.

Le groupe s’est dispersé en mer, et la plage a retrouvé son apparente solitude et un petit dernier est venue m'observer quelques instants, avant de disparaître sous les eaux...


Revenir


J’espère retourner bientôt sur cette côte et pouvoir observer à nouveau un tel spectacle. Chaque marée, chaque saison, chaque lumière raconte une histoire différente. En attendant, je suis heureux de partager ces quelques images d’une nature encore sauvage, fragile et silencieuse, qui continue d’exister au rythme immuable de la mer.